Derrière la normalisation des EST en Europe, la force des traditions

mementoAllemagne, Royaume-Uni, Italie, trois exemples qui illustrent le poids des habitudes constructives dans la codification des règles de l’art.

Partout en Europe, les professionnels de la couverture sont confrontés à la même difficulté : comprendre et maîtriser l’usage de l’ensemble des spécifications techniques réglementaires ou volontaires. Il s’agit de fabriquer, prescrire, acheter ou mettre en œuvre des produits en toute connaissance de cause et de justifier leurs choix auprès de leurs partenaires dans l’acte de construire, à commencer par les autorités nationales compétentes.

tuiles-europeÀ défaut d’avoir pleinement répondu aux attentes des filières de la couverture, l’harmonisation normative initiée avec le marquage CE des produits de Construction aura au moins éveillé l’attention des professionnels sur leurs propres pratiques au regard de celles du reste de l’Europe.
Pour mesurer le poids des habitudes constructives dans la codification des règles de l’art, il suffit de comparer les réponses apportées dans des principaux pays où la sous-toiture s’est désormais imposée.
Celles de l’Allemagne, avec 75 millions de m2 de toiture inclinée équipée chaque année, doivent tenir compte de la forte antériorité des techniques de sous-toiture sur son marché. Pour sa part, la France, avec un potentiel comparable, a opté pour des règles moins complexes. Quant à l’Italie et à l’Angleterre, l’approche de leur marché d’environ 35 millions de m2 a conduit à des réponses normatives radicalement différentes.

En Allemagne, une approche directive mais étendue

Pionnière en matière de protection des sous-toitures, l’Allemagne est toujours en pointe et exerce une influence évidente dans toute la zone continentale sur les techniques de fabrication, les pratiques professionnelles et leur encadrement normatif.
Dans ce pays où les variations climatiques sont très marquées, le ZVDH (Fédération Nationale des artisans couvreurs allemands) a créé une classification des membranes afin de garantir l’étanchéité d’un très large éventail de sous-toitures, y compris dans les situations marginales de très faible pente ou de forme particulière du toit.
RFA-joints2Elle repose, pour l’essentiel, sur deux distinctions entre :
• d’une part, les protections dites de «sous-couverture» (Unterdach), constituées de membranes posées au-dessus du contre-lattage et les membranes souples ou rigides de «sous-toiture» (Unterdeckung/Unterspannung ) fixées sous les contrelattes.
• et d’autre part, entre l’exigence «d’étanchéité à l’eau» obtenue en recouvrant les contrelattes d’une bande d’étanchéité supplémentaire et celle «d’imperméabilité à la pluie» qui, suivant les situations, impose le renforcement des raccords et/ou des perforations sous les contrelattes.
Sur cette base, la nomenclature établie, en 2010, par la ZVDH pour les «écrans rigides et souples de sous-toitures» a défini 6 classes de membranes utilisables par les couvreurs selon les règles de l’art. Cette classification correspond à leurs aptitudes à répondre à 19 solutions techniques définies en fonction des contraintes techniques ou environnementales du chantier et de la pente des toits (de 18 à 70 %).

Le Royaume-Uni, vent debout contre la tradition

Utilisés depuis plus de 50 ans en Angleterre, les  écrans de sous-toiture ont seulement été introduits formellement dans la réglementation de la Construction en 2014, lors des dernières modifications de la norme BS 5534 du « Code of Practice » des couvertures en ardoises et en tuiles (CP142). Cette révision en profondeur était rendue nécessaires par l’avènement du marquage CE et, surtout, par l’état de l’art dans le domaine, alors mis en cause par les dommages occasionnés par le vent, chaque année, à près de 200 000 bâtiments.
UK-dommageLa priorité de la nouvelle norme BS 5534:2014 était donc de garantir une meilleure résistance au vent de tous les composants de toiture.
Parmi les mesures phares figure la caractérisation stricte de la résistance des membranes au vent en fonction des zones d’exposition.
Outre la fixation des éléments de couverture, la conception de la sous-toiture était aussi souvent en cause, notamment la pose des membranes bitumineuses en drapé sur les chevrons. Conçue pour faciliter l’évacuation de l’eau, cette technique s’avérait inadaptée à l’usage des écrans synthétiques plus légers donc plus sensibles au soulèvement en cas de vent fort.
La nouvelle norme vise à lever ces obstacles en introduisant des exigences spécifiques pour l’utilisation des différents types de membranes dans les 5 zones de risque climatiques des îles britanniques, selon un classement qui fixe :
• d’une part, une résistance mécanique minimum normalisée, notamment à l’arrachement, affichée par les fabricants ;
• et, d’autre part, de nouvelles exigences de mise en œuvre adaptées aux différents écrans et supports de sous-toiture : adéquation des voliges à la largeur des lés, introduction du contre-lattage et de la pose tendue…

En Italie, une normalisation tardive mais ambitieuse

Preuve de la volonté de couvrir un large domaine d’emploi, c’est sous une double dénomination que les écrans et les membranes HPV, résumée par le sigle SMT, sont entrés dans la réglementation de la Construction italienne en 2013 sous la norme UNI 11470: 2013 : « toiture en pente – écrans et membranes respirantes synthétiques – Définition, champ d’application et mise en œuvre ».
italiePrincipal initiateur de la démarche, l’Association italienne des écrans et membranes «respirantes» (AISMT) a voulu mettre d’emblée l’accent sur le rôle de ces produits dans l’évolution attendue de la construction en matière d’économie d’énergie et de durabilité environnementale.
Cela se traduit, notamment, par une importance accrue accordée à la classification des membranes en fonction de leur perméabilité à la vapeur d’eau (selon 4 niveaux de valeurs sd de 0,1 m à 100 m) qui inclut donc les membranes destinées à 4 catégories de locaux y compris ceux à forte hygrométrie.
De la même façon, les prescriptions de mise en œuvre imposent l’usage de renforts adhésifs sur les fixations mécaniques pour assurer l’étanchéité à l’eau, au vent et à l’air.
On doit noter enfin, parmi les configurations encadrées par la norme UNI 11470: 2013 la référence à une spécificité de l’architecture transalpine, à savoir les toitures inclinées sur support maçonnées en ciment..